Douter, Croire et Savoir (n°1)

« Pour évoquer sa foi l’homme moderne doit se montrer rigoureux. Si on me demande : ‘Dieu existe-t-il ?’, je réponds ‘Je ne sais pas’ car, philosophiquement je demeure agnostique, unique parti tenable avec la seule raison. Cependant j’ajoute : ‘Je crois que oui.’ La croyance se distingue radicalement de la science. Je ne les confondrai pas. Ce que je sais n’est pas ce que je crois. Et ce que je crois ne deviendra jamais ce que je sais.

Face au questionnement sur l’existence de Dieu, se présentent trois types d’individus honnêtes, le croyant qui dit : ‘Je ne sais pas mais je crois que oui’, l’athée qui dit : ‘Je ne sais pas mais je crois que non’, l’indifférent qui dit : ‘Je ne sais pas et je m’en moque.’

L’escroquerie commence chez celui qui clame : ‘Je sais !’ Qu’il affirme :’Je sais que Dieu existe’ ou ‘Je sais que Dieu n’existe pas’, il outrepasse les pouvoirs de la raison, il vire à l’intégrisme, intégrisme religieux ou intégrisme athée, prenant le chemin funeste du fanatisme et de ses horizons de mort. Les certitudes ne créent que des cadavres.

En notre siècle où, comme jadis, on tue au nom de Dieu, il importe de ne pas amalgamer les croyants et les imposteurs : les amis de Dieu restent ceux qui Le cherchent, pas ceux qui parlent à Sa place en prétendant L’avoir trouvé.

La confiance du croyant offre une façon d’habiter le mystère. Comme l’angoisse de l’athée… Le mystère, lui, subsiste.

Plus j’avance en âge, plus je me rends compte que l’agnosticisme constitue une position majoritairement refusée. Les hommes tiennent à savoir ! Alors qu’il n’y a que des agnostiques croyants, des agnostiques athées, des agnostiques indifférents, des millions d’individus s’entêtent à mêler foi et raison, à refuser la complexité de l’esprit, à en simplifier les registres pour transformer en vérité universelle des sentiments très personnels.

Nous devons reconnaitre et cultiver notre ignorance. L’humanisme pacifique coûte ce prix-là.  Tous nous ne sommes frères qu’en ignorance, pas en croyance Ce ne sera qu’au nom de l’ignorance partagée que nous tolérerons les croyances qui nous séparent. En l’autre, je dois, respecter d’abord le même que moi, celui qui voudrait savoir et ne sait pas ; puis, au nom du même, je respecterai ensuite ses différences. »

 Extrait de l’épilogue du roman autobiographique d’Éric-Emmanuel SCHMITT, La Nuit de feu


J’aimerais donc commencer cette série de 3 numéros en reprenant cette formule d’Éric-Emmanuel Schmitt pour m’adresser à vous lecteurs… Chers agnostiques de tous bords.

Par agnostique, je ne sous entends pas ici que la vérité soit relative ou hors d’atteinte, au contraire et nous aurons le temps d’y revenir, mais je crois qu’il est honnête de reconnaitre qu’humainement nous possédons rarement la totalité des éléments qui nous permettraient d’affirmer que nous sommes dans la vérité. Cette humilité, ce doute (aussi infime soit-il) est pour moi le garde-fou qui devrait nous aider à respecter celui qui pense différemment.

Le doute comme gage de tolérance

Par fidélité au projet qui anime The Great News Presse, je trouvais intéressant de réfléchir à ces trois verbes « douter, croire, savoir » et à leurs relations avec les grandes questions que l’humanité s’est toujours posées, à toutes les époques et dans toutes les civilisations…

D’où venons-nous et où allons-nous ? Dieu existe-t-il ? Y a-t-il un sens à la vie ?

Je ne prétends pas ici réécrire ce qui l’a déjà été, soit par la communauté scientifique, soit par la communauté religieuse. Je ne le pourrais d’ailleurs pas. Pour éviter toute redondance, donc, avec ce qui existe déjà, j’essaierai de synthétiser et de vous renvoyer, à chaque fois que cela est nécessaire, vers des articles ou des auteurs qui ont déjà traité certains aspects des sujets que nous allons aborder. En plus de rejoindre cette humanité qui s’est, de tout temps, posé ces grandes questions, je nourris également l’envie de rapprocher les uns et les autres. La haine vient souvent de ce que l’on ignore. Alors en plus d’encourager chacun à réfléchir personnellement à ces interrogations, j’aimerais aussi aider les uns et les autres à se connaitre mutuellement. « Aime ton prochain comme toi-même » disait Jésus. J’essaye et vous y encourage également.

Au départ de notre voyage dans les lignes qui vont suivre, nous nous trouvons donc à un carrefour. Devant nous, deux routes, celle de la foi et celle de l’athéisme. Deux routes singulièrement différentes parce qu’elles proposent des points de vue bien différents sur notre monde. Avant de les survoler, j’aimerais que vous gardiez votre passeport ! Rappelez-vous, votre passeport d’agnostique !

Il me semble effectivement important de souligner que croyants et non-croyants, aussi loin qu’ils puissent aller dans leurs réflexions et dans leurs investigations concernant la création de l’univers ou la vie après la mort, par exemple, conservent un pourcentage d’incertitude. Le croyant en est souvent conscient, le non-croyant peut-être un peu moins. J’essaierai donc, dans les deux prochains numéros, de développer ce point et d’exposer la distinction qui existe entre ce qui est de l’ordre de la science (savoir) et qui s’appuie sur des preuves matérielles, et ce qui est de l’ordre de la croyance. En espérant que cela fasse méditer et ouvre le dialogue…

Si vous êtes parés, passeport en poche ! Rendez-vous la semaine prochaine pour la première escale !


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