Mon Dieu sauve avec puissance

Le texte qui suit est la retranscription écrite d’une prédication orale

Il y a cette idée erronée selon laquelle le Dieu révélé dans l’ancien testament serait un Dieu fulminant de colère et intransigeant tandis que le nouveau testament lui, montrerait un Dieu tendre et doux. J’ai récemment eu une discussion avec un collègue athée qui exprimait cette idée-là. Je me suis alors rendu compte qu’il pensait ainsi parce qu’il était convaincu que l’ancien testament présenterait sans cesse les commandements divins ainsi que les terribles jugements provoqués par la désobéissance à ceux-ci, tandis que le nouveau testament, lui, serait beaucoup plus tendre. Mais mon collègue n’a pas lu la Bible, et si on a un peu lu la Bible, on sait que cette conviction est fausse. On sait qu’autant dans l’ancien que dans le nouveau testament, on trouve la même révélation de la bonté et de la tendresse de Dieu. On sait qu’autant dans l’ancien que dans le nouveau testament, on trouve la même révélation de la justice de Dieu. D’ailleurs, les paroles les plus impressionnantes concernant les commandements et le jugement de Dieu sont prononcées par Jésus lui-même et rapportées dans le nouveau testament.

Je vous propose ce soir de réfléchir sur l’un de ces nombreux passages où Jésus nous parle de commandement et de jugement. Je demande à Dieu de nous faire du bien à travers sa parole conformément à la sentence qu’il a lui-même émise : l’homme ne vivra pas de pain seulement mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.

Nous lisons ensemble dans :

> Matthieu 7.21-23 [Parole de Vie]

“Pour entrer dans le Royaume des cieux, il ne suffit pas de me dire : « Seigneur, Seigneur ! ». Il faut aussi faire la volonté de mon Père qui est dans les cieux. Quand je viendrai pour juger les gens, beaucoup me diront : « Seigneur, Seigneur, c’est en ton nom que nous avons parlé, c’est en ton nom que nous avons chassé les esprits mauvais ! C’est en ton nom que nous avons fait de nombreux miracles ! » Alors je leur dirai : « Je ne vous ai jamais connus. Allez-vous-en loin de moi, vous qui faites le mal ! »

La première fois que j’ai lu ce texte, j’étais un jeune chrétien fraîchement converti et j’en ai été fortement impressionné. En effet, il a suscité en moi une question très désagréable : serait-il possible d’être chrétien toute sa vie et d’être rejeté quand même par Dieu au jour du jugement ?

Pourquoi cette crainte était-elle née dans mon cœur ? Comme souvent c’est arrivé à cause d’une lecture superficielle du texte qui m’avait conduit à tirer une conclusion hâtive qui est la suivante : les chrétiens, ce sont ceux qui parlent au nom de Jésus, ceux qui chassent les démons au nom de Jésus, ceux qui font des miracles au nom de Jésus. Et ayant commis cette erreur d’interprétation, naturellement j’avais déduit une sottise à savoir : au jour du jugement, certains chrétiens seront rejetés par Jésus.

Si donc c’est une sottise, que nous dit alors Jésus ici ? Pour comprendre le texte sans nous tromper nous devons prendre en compte son contexte c’est-à-dire ce qu’il y a autour (avant, après), qui parle, à qui on parle, etc.

Ce soir nous allons considérer deux points du contexte : ce qu’il y a avant et qui parle.

## Ce qu’il y a avant

Ce texte que nous avons lu arrive en conclusion de l’un des discours les plus célèbres de Jésus : le sermon sur la montagne. Pour le comprendre donc, nous avons besoin d’avoir en tête le cheminement de pensée qui nous y a conduit. Le sermon sur la montagne est un long discours qui s’étend sur trois chapitres de Mt5 à Mt7. Il s’agit d’un monument spirituel qui a ceci de particulier qu’il parle de la vie pratique au jour le jour. En effet, Jésus n’y parle pas de l’organisation des services de l’église, de la tenue du culte ou de la conduite de l’évangélisation. Il n’y est même pas question de communauté religieuse.

Dans le sermon sur la montagne, Jésus nous parle de la vie de tous les jours en dénonçant la colère, le mépris et la convoitise, le rejet familial, l’agression verbale. Il nous commande le refus de la vengeance et nous encourage à sacrifier notre confort et notre plaisir si c’est nécessaire pour le profit d’autrui.

Le discours sur la montagne n’est pas un ensemble de règles et de commandements. C’est la description d’un état d’esprit, d’une vision du monde, d’une culture, bref c’est la description d’un mode de vie illustrée par des exemples percutants du style :

– Si on te frappe sur une joue, tends l’autre joue : pour illustrer le refus de se venger

– Aime ceux qui te font du mal et prie pour eux : pour illustrer le refus de mépriser qui que ce soit et encourager à désirer le bien pour tous

– Pourquoi veux-tu enlever la paille dans l’œil de ton frère alors que tu as une poutre dans le tien : pour dénoncer l’esprit de jugement et de condamnation

Dans son sermon sur la montagne, Jésus décrit une façon d’être, précisément la façon d’être des chrétiens et des chrétiennes. Pour dire les choses clairement : les chrétiens et les chrétiennes, ce sont ceux et celles qui prennent au sérieux le mode de vie qui est décrit dans le sermon sur la montagne et donc le pratiquent au jour le jour dans toutes leurs activités. Et s’il fallait résumer ce mode de vie par une seule phrase ce serait : résister au mal sous toutes ses formes en lui opposant toujours le bien. Être chrétien ou chrétienne, c’est cela : résister au mal par le bien seul.

Et donc après avoir compris tout ça, nous arrivons à notre passage :

> Matthieu 7.21-23 [Parole de Vie]

Pour entrer dans le Royaume des cieux, il ne suffit pas de me dire : « Seigneur, Seigneur ! ». Il faut aussi faire la volonté de mon Père qui est dans les cieux. Quand je viendrai pour juger les gens, beaucoup me diront : « Seigneur, Seigneur, c’est en ton nom que nous avons parlé, c’est en ton nom que nous avons chassé les esprits mauvais ! C’est en ton nom que nous avons fait de nombreux miracles ! ». Alors je leur dirai : « Je ne vous ai jamais connus. Allez-vous-en loin de moi, vous qui faites le mal ! »

En prenant en compte le sermon sur la montagne dont ce passage est la conclusion nous comprenons que Jésus n’est pas du tout en train de dire qu’il rejetterait certains chrétiens ou chrétiennes au jour du jugement. Il est en train de dire que certaines personnes, parce qu’elles parleront en son nom, parce qu’elles chasseront des esprits mauvais en son nom, parce qu’elles feront des miracles en son nom, s’imagineront à tort être chrétiennes alors qu’elles n’auront jamais adopté le mode de vie qui caractérise le chrétien et la chrétienne à savoir la résistance au mal par le bien seul. Jésus leur dira au jour du jugement : je ne vous ai jamais connus. C’est-à-dire : à aucun moment de vos vies vous n’avez fait partie des miens.

Ces paroles-là de Jésus qui, si on les lit trop vite, sans faire attention, peuvent nous troubler, sont en réalité un formidable encouragement pour les chrétiens et chrétiennes véritables c’est-à-dire ceux et celles qui prennent le mode de vie décrit dans le sermon sur la montagne au sérieux. Parce qu’à eux, Jésus dit : vous, je vous connais déjà, là, maintenant, aujourd’hui. Vous faites déjà partie des miens, là, maintenant, aujourd’hui.

Ces paroles-là ne devraient troubler que ceux et celles qui n’ont pas pris le mode de vie décrit dans le sermon sur la montagne au sérieux, ceux et celles qui ne résistent pas au mal par le bien seul et qui s’imaginent à tort qu’une activité religieuse frénétique suffirait.

Parvenus à ce niveau de notre réflexion, deux questions se posent :

– pourquoi quelqu’un rejetterait le mode de vie chrétien pour se bercer d’illusions à travers une vie religieuse apparente ? La réponse à cette question vient avec ce que nous ressentons naturellement quand nous méditons le sermon sur la montagne : c’est bien beau tout ça, mais ce n’est pas possible de vivre comme ça. Ça ne marchera jamais, on n’est pas dans le monde des bisounours. En effet, Le mode de vie décrit dans le sermon sur la montagne paraît faible et dépourvu de pouvoir. Et si l’on n’est pas convaincu de l’efficacité et de la pertinence d’un mode de vie, alors il est impossible de l’adopter.

– La deuxième question jaillit de la première. Car notre Dieu est un sauveur. Donc quand il identifie un problème ce n’est jamais pour le pointer d’un doigt accusateur en se tenant à distance. C’est toujours pour y apporter une solution concrète et efficace. Donc voici la deuxième question : que nous dit la Bible pour nous convaincre de prendre au sérieux le mode de vie décrit dans le sermon sur la montagne ? Pour répondre à cette question, nous nous intéresserons à un deuxième élément du contexte de notre passage à savoir : qui parle ?

## Qui parle ?

Celui qui parle, c’est Jésus de Nazareth. Un homme qui a vécu il y a deux mille ans et dont la vie a été caractérisée par une manifestation de puissance extraordinaire : il a prêché un enseignement novateur qui galvanisait les foules. Il a chassé des esprits mauvais. Il a guéri des malades. Il a même ressuscité des morts. Il a fait de nombreux miracles. Les évangiles ne nous rapportent qu’un mince fragment de ce qu’il a accompli. Voici le témoignage que lui rend Jean à la fin de son évangile :

> Jean 21.25 [Parole de Vie]

Jésus a encore fait beaucoup d’autres choses. Si on les écrivait toutes l’une après l’autre, à mon avis, le monde entier ne pourrait pas contenir les livres qu’on écrirait.

La vie de Christ a donc été une démonstration éclatante et fantastique de la puissance de Dieu sur les esprits mauvais, la maladie, la mort, bref sur toutes les conséquences de l’irruption du mal dans sa création.

Mais les évangiles nous parlent aussi d’un autre aspect de la vie de Jésus : il s’agit de sa mort horrible. Et pendant qu’il est là, souffrant, cloué sur le bois de la croix, voici ce qui se passe autour de lui :

> Matthieu 27.39-43 [Parole de Vie]

Les gens qui passent par-là secouent la tête et ils insultent Jésus en disant : « Tu voulais détruire le temple et le reconstruire en trois jours. Eh bien, si tu es le Fils de Dieu, sauve-toi toi-même et descends de la croix ! » Les chefs des prêtres avec les maîtres de la loi et les anciens se moquent de Jésus. Ils disent : « Il a sauvé les autres, mais il ne peut pas se sauver lui-même ! C’est le roi d’Israël ! Maintenant, il n’a qu’à descendre de la croix, alors nous croirons en lui. Il a fait confiance à Dieu. Eh bien, si Dieu l’aime, il n’a qu’à le sauver maintenant ! En effet, cet homme a dit : “Je suis Fils de Dieu.”

Lorsque nous lisons ce passage nous ne pensons pas naturellement à la puissance. Mais ne fallait-il pas de la puissance à Jésus pour accepter de rester pendu à ce bois maudit pour le salut de ceux qui l’insultent et se moquent de lui alors qu’il est le fils de Dieu et qu’il a le pouvoir de les réduire en poussière d’un simple trait de pensée ? Ne fallait-il pas de la puissance à Jésus pour qu’alors qu’un déferlement de haine s’abat sur lui qui a passé sa vie entière à ne faire que du bien aux autres, il trouve la force de refuser de mépriser ses bourreaux et fait cette prière en leur faveur : Père pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ? Ne fallait-il pas de la puissance à Jésus pour que quelle que soit la quantité de mal qui lui était jetée à la figure, il n’oppose jamais rien que de la bienveillance ?

Oh oui il lui a fallu une puissance incommensurable. Seulement cette puissance-là n’est pas éclatante selon les critères naturels de l’homme. Elle n’est pas comme la puissance qui prêche à des foules, fait des miracles et chasse des esprits mauvais. C’est une puissance qui aime son prochain envers et contre tout, refusant de le mépriser quoi qu’il fasse, tendant l’autre joue sans jamais condamner celui qui la frappe. Elle n’est pas impressionnante et glorieuse. Elle se manifeste dans la faiblesse et l’humiliation de notre Dieu. Pourtant c’est bien elle qui nous a sauvés. Si la première puissance dont j’ai parlé, éclatante et glorieuse, a vaincu les conséquences de l’irruption du mal dans la création (maladie, esprits mauvais, mort), c’est bien la deuxième puissance, celle de la croix, caractérisée par la faiblesse et l’humiliation de Christ, qui a détruit le mal lui-même.

Si je suis sauvé, si tu es sauvé, si nos vies ont un sens et comptent dès aujourd’hui et pour l’éternité, c’est parce que Christ, il y a 2000 ans, a vécu de la façon que le sermon de la montagne décrit : en résistant au mal par le bien seul.

Si donc nous croyons que Dieu sauve avec puissance alors c’est que nous croyons que ce mode de vie-là est puissant et efficace. Et si nous croyons que nous sommes vraiment sauvés parce que Jésus a vécu de cette façon-là, alors prenons-la au sérieux. Adoptons-la au jour le jour dans nos activités. Résistons à la pensée du monde qui la regarde avec mépris et dégoût parce qu’elle lui paraît faible et dépourvue de pouvoir car nous savons par notre expérience personnelle que c’est là la puissance du Dieu qui sauve avec puissance.

Je voudrais conclure mon message par l’exemple de deux personnes qui ont pris au sérieux Jésus et son mode de vie : résister au mal par le bien seul. Et ce faisant, elles ont expérimenté sa puissance pour produire un impact retentissant.

La salle dans laquelle nous nous trouvons s’appelle la salle Martin Luther King. La salle à côté de nous s’appelle la salle David Wilkerson. Je n’ai pas le temps de détailler leurs vies mais je vous encourage à vous y intéresser. Vous y verrez des exemples contemporains concrets de la puissance de la vie que prône Jésus : résister au mal par le bien seul.

Je terminerai par cette citation du pasteur King :

« L’ultime faiblesse de la violence est que c’est une spirale descendante, engendrant la chose même qu’elle cherche à détruire. Au lieu d’affaiblir le mal, elle le multiplie. En utilisant la violence, vous pouvez tuer le menteur, mais vous ne pouvez pas tuer le mensonge, ni rétablir la vérité. En utilisant la violence, vous pouvez assassiner le haineux, mais vous ne pouvez pas tuer la haine. En fait, la violence fait simplement grandir la haine. Et cela continue… Rendre la haine pour la haine multiplie la haine, ajoutant une obscurité plus profonde à une nuit sans étoiles. L’obscurité ne peut pas chasser l’obscurité : seule la lumière peut faire cela. La haine ne peut pas chasser la haine : seul l’amour peut faire cela. »